Un an après le mariage de François Soubirous et de Louise Castérot, Bernadette voit le jour le 7 janvier 1844. Elle est l'aînée d'une famille de neuf enfants, dont cinq mourront en bas âge. Au moulin Boly, où elle habitera durant dix ans, elle baigne dans un climat d'amour. En novembre 1844, alors qu'elle se trouve près du feu, une chandelle de résine tombe sur Louise. Ne pouvant plus allaiter, elle décide d'envoyer Bernadette chez une nourrice à Bartrès, aux portes de Lourdes. Marie Laguës la gardera jusqu'en avril 1846.
Les Soubirous ont le cœur sur la main. Ils n'hésitent pas à faire une avance aux clients en difficulté : quelques mesures de froment ou de maïs pour calmer la faim. A chaque visite, une collation est servie dans une ambiance chaleureuse. Les affaires ne suivent pas et, en 1854, il faut déménager. En 1855, Lourdes connaît une épidémie de choléra. La santé fragile de Bernadette se détériore un peu plus. L'asthme ne la quittera plus.
Durant un an, la famille Soubirous séjourne dans un moulin situé à quatre kilomètres de Lourdes. Mais le constat est sans appel : il y a trop de bouches à nourrir. Durant l'hiver 1856-1857, tante Bernarde accueille Bernadette, qui aide à tenir la maison et le cabaret. Au début de 1857, expulsés de leur logis, les Soubirous n'ont plus le sou. Avec leurs quatre enfants, ils emménagent au cachot. Située rue des Petits Fossés, à Lourdes, cette pièce est celle de l'ancienne prison, désaffectée en 1824 à cause de son insalubrité. Dans ce "bouge infect et sombre", il faut caser le nécessaire : deux lits, la table, deux chaises, des escabeaux d'enfants, une petite armoire et la malle.
En mars 1857, la gendarmerie vient arrêter François Soubirous. La nuit précédente, deux sacs de farine ont été volés à la boulangerie. Les soupçons sont tombés sur lui, car il est pauvre. Il n'a rien à se reprocher mais, durant une semaine, il est maintenu en prison. Les Soubirous demeurent unis dans les meilleurs moments comme dans la détresse.
En septembre 1857, Bernadette regagne Bartrès. Chez les Lagües, elle est bergère et gardienne d'enfants. Elle aimerait se rendre plus souvent aux leçons de catéchisme de l'abbé Ader. Sa piété est grande, même si elle n'a pas d'instruction religieuse. En janvier 1858, Bernadette quitte Bartrès avec l'intention de préparer sa première communion.
Un mois plus tard, le 11 février 1858, elle sort du cachot avec Toinette, sa sœur, et Jeanne Abadie, dite Baloum, son amie, pour aller ramasser du bois. Ensemble, elles se rendent jusqu'à une falaise rocheuse, près du Gave. Toinette et Baloum traversent le cours d'eau, tandis que Bernadette cherche un passage. Alors qu'elle se déchausse, elle entend un bruit "comme si ç'eut été un coup de vent." Les branches d'un rosier sauvage s'agitent. Une lumière douce éclaire ce trou d'ombre et une merveilleuse jeune fille vêtue de blanc apparaît. "La vision fit le signe de croix. (...) Je me mis à genoux, et je dis mon chapelet en présence de cette belle dame", racontera-t-elle plus tard.
Le 14 février, Bernadette retourne sur les lieux. De nouveau, elle assiste à une Apparition. La rumeur gagne à Lourdes. Le 18 février, dès cinq heures du matin, Madame Milhet et Antoinette Peyret, sa couturière, viennent trouver Bernadette au cachot. Après avoir assisté à la première messe, elles se rendent à la grotte. Il est convenu que Bernadette demandera à l'Apparition d'inscrire son nom sur du papier. "Aquero" (Cela) répond : "Ce n'est pas nécessaire", et ajoute : "Voulez-vous avoir la grâce de venir ici pendant quinze jours ? " Le 21 février, le commissaire Jacomet interroge Bernadette. Il essaie de la persuader qu’elle a rêvé. Mais Bernadette tient bon. Les jours qui suivent, elle se rend à la Grotte comme elle l'a promis. Le 23, c'est la septième apparition. Le 24, l'Apparition prononce un mot nouveau : "Pénitence", et dit : "Priez Dieu pour la conversion des pécheurs." Le 25 février, l'affluence commence à deux heures du matin. A l'arrivée de la "voyante", il y a 350 personnes. Ce jour-là, Aquero demande à Bernadette : "Allez boire à la fontaine et vous y laver." Sous la roche, Bernadette trouve un peu d'eau, comme de la boue. Elle mange ensuite de l'herbe, qui pousse au fond de la grotte. Le 28, plus de mille personnes sont présentes. Bernadette prie, baise la terre et rampe sur les genoux en signe de pénitence. Le premier mars, c'est le miracle. Catherine Latapie, enceinte de neuf mois, se rend à la Grotte et trempe sa main, dont deux doigts sont paralysés, dans l'eau de la source : ses membres repliés retrouvent leur souplesse.
Le 2 mars, au terme de l'extase, Bernadette se dirige vers le presbytère où se trouve l'abbé Peyramale. Elle porte un message : "Qu'on vienne en procession et qu'on bâtisse une chapelle." Le 4 mars, c'est la fin de la quinzaine. Ce jour-là, environ 8.000 personnes se regroupent autour de Bernadette. Pendant vingt jours, Bernadette ne va plus se rendre à la Grotte. Le 25 mars, jour de l'Annonciation, à cinq heures, Bernadette est sur le chemin de la grotte. A nouveau, l'attrait est irrésistible. A la question de Bernadette, l'Apparition répond : "Que soy era Immaculada Councepciou". Cette dénomination évoque le dogme promulgué à Rome quatre ans auparavant pour désigner la Vierge. Le 7 avril 1858, Bernadette est à la grotte dès l'aube. Dans la foule, le docteur Dozous l'observe. Pour protéger le cierge du vent, Bernadette enveloppe la mèche allumée de ses deux mains. Pourtant, elle ne se brûle pas. Le 3 juin 1858, Bernadette fait sa première communion. Le 16 juillet, en la fête du Mont Carmel, elle assiste à une 18e et dernière Apparition.
A la mi-septembre 1858, les Soubirous quittent le cachot pour une pièce plus salubre. Au premier trimestre 1859, la famille s'installe au moulin Gras. La vie de Bernadette est bien remplie : elle travaille comme petite bonne d'enfants, aide à la maison, suit des leçons et répond aux visiteurs. Selon l'expression de l'abbé Pomian, elle est la "meilleure preuve de l'Apparition."
En juillet 1860, Bernadette s'installe chez les sœurs de l'hospice de Lourdes. A l'école attenante, elle peut poursuivre son instruction. Pour la première fois de sa vie, elle va suivre une année scolaire normale. Cet effort lui coûte. Elle a quelques notions. Mais la discipline est exigeante, et la jeune fille se sent plus à l'aise à la couture. Elle a l'intelligence des mains.
Bernadette est une jeune fille très gaie. Pourtant, sa santé est fragile. Ses crises d'asthme sont de plus en plus sévères, à telle enseigne que le 28 avril 1862, elle reçoit l'Extrême Onction. Elle se rétablit et, courageusement, reprend une vie normale. En 1863, les sœurs de l'hospice l'orientent vers le soin des malades. Cette expérience est décisive. A Jeanne Védère, elle confie : "J'aime beaucoup les pauvres, j'aime soigner les malades : je resterai chez les Sœurs de Nevers." En septembre, Bernadette rencontre Monseigneur Forcade, évêque de Nevers. En novembre 1864, Bernadette apprend la bonne nouvelle : Mère Joséphine Imbert, la Supérieure générale de Nevers, accepte sa candidature.
En juillet 1866, Bernadette quitte Lourdes pour rejoindre Nevers. Le 29 juillet, elle prend l'habit et s'appelle désormais Sœur Marie-Bernard. Elle est maintenue à la Maison Mère, alors que les novices sont dispersées dans toute la France. Bientôt Bernadette s'alite. L'asthme s'aggrave. "Le bon Dieu me l'envoie, il faut que je le prenne", dit-elle. Quand elle se sent mieux, elle rit, plaisante et chante des morceaux en patois pyrénéen. Le 30 octobre 1867, elle fait profession entre les mains de Monseigneur Forcade.
La Supérieure générale propose de la garder à la Maison Mère, "pour l'employer de quelque manière à l'infirmerie." Sur ses carnets, elle consigne des conversions difficiles. En septembre 1872, le docteur Robert Saint-Cyr note : "Infirmière s'acquittant à la perfection de sa besogne. Petite, d'apparence chétive, elle a 27 ans. Nature calme et douce, elle soigne ses malades avec beaucoup d'intelligence et sans rien omettre des prescriptions faites, aussi jouit-elle d'une grande autorité et, de ma part, d'une entière confiance." L'hiver suivant, elle rechute. En juin 1873, Bernadette reçoit pour la troisième fois au moins le sacrement des malades.
En octobre, elle est déchargée de son emploi et, en novembre, redevient simple aide-infirmière. En janvier 1874, elle partage cette fonction avec celle d'aide-sacristine. A Julie Garros, qu'elle initie au soin des malades, elle confie : "Dépense-toi au service des pauvres, mais avec prudence. Ne te laisse jamais aller au découragement. Aime beaucoup la Sainte-Vierge." Dès 1875, l'histoire de Bernadette va se confondre avec celle de ses maladies. En décembre 1878, elle s'alite définitivement. Elle meurt le 16 avril 1879, au couvent de Saint-Gildard de Nevers. |