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Témoignages
Depuis 2006, avec Blanche, mon épouse, nous adhérons à Lourdes Cancer Espérance. Quand le cancer a frappé notre couple, notre souhait fut de rejoindre l’association que nous avions déjà vue à l’œuvre. Nous savions ainsi que nous ne serions pas isolés même si nous pouvions compter sur le soutien de nos enfants, de nos parents, et de tous nos amis qui priaient pour nous.
Lourdes Cancer Espérance a permis de retrouver la confiance et l’espérance : combien d’attentions témoignées à notre égard ! Tous les quinze jours, nous attendions une visite, sinon un coup de fil, de nos amis de LCE. Lors des réunions du groupe et dans les temps de prière, nous faisions partie des personnes auxquelles des intentions de prière s’adressaient. En 2009, nous avons pu nous joindre au groupe de l’Aude pour le pèlerinage annuel de Lourdes Cancer Espérance.
Dans le car, nous étions une quarantaine. Le lendemain de notre arrivée, alors que notre groupe se dirigeait vers les Sanctuaires, une jeune femme vint vers moi et me salua : « C’est toi, Jean ? Cela fait trois ans que je prie pour toi sans te connaître. » Par le passé, j’avais effectué de nombreux pèlerinages à Lourdes, soit dans le cadre militaire soit au sein du mouvement chrétien des retraités. Mais à Lourdes Cancer Espérance, j’y ai perçu une force et une ferveur toutes particulières.
Lors du pèlerinage, nous étions plus de 5.000 participants, parmi lesquels des bien-portants, des malades plus ou moins valides qui avaient été tous confrontés au doute et à la peur et se rassemblaient dans ce lieu. Au sein de cette grande famille, on se sent plus solidaires, plus fraternels : ceux qui semblent le plus fatigués sont aidés par leurs frères et sœurs. La prière est aussi fondamentale. Nous avons eu la chance d’être accompagnés par le Père Roberto, un lazariste qui, voici une dizaine d’années, a été touché par le cancer. Il n’avait pas hésité à demander de l’aide, à ce qu’on le porte dans ses prières. Il s’en souvient aujourd’hui. Il connaît mieux que nous la force de la prière. Avec Blanche, je suis persuadé que grâce aux prières, nous avons pu « repartir » à certains moments de nos vies.
Quant à l’Espérance, il faut savoir la garder éveillée. Troisième terme du nom de notre association, elle était au cœur du message de Jean-Paul II qui disait : « N’ayez pas peur, entrez dans l’Espérance ». L’onction des malades a réuni 800 personnes. Il est difficile de poser des mots sur ce moment vécu de façon si personnelle : il faut l’avoir reçu pour en mesurer toute la force, toute la portée.
Merci à Lourdes Cancer Espérance.
Jean (LCE 11)
Ma rencontre avec LCE
Pendant plus de vingt ans, j’ai eu la chance de travailler dans le sixième arrondissement de Paris, à deux pas de la rue du Bac. Ainsi, je pouvais me rendre aisément à la chapelle de la Médaille Miraculeuse. Je m’y trouvais donc un jour de printemps 2007. Une messe commençait. Disposant d’un peu de temps, je décidai de rester.
J’aperçus des personnes portant un foulard blanc frappé d’un logo vert. L’office terminé, ces dernières quittèrent la chapelle lentement, laissant sur les bancs quelques feuillets de chants. Par curiosité, je me levai pour en prendre un, et je lus : « Lourdes Cancer Espérance ». Ces trois mots me frappèrent, je sentis un frémissement m’envahir. « Mais ces personnes au foulard… c’était donc… je n’étais donc pas le seul, au cours de cette messe, à souffrir d’un cancer » ?
Je quittai précipitamment les lieux, avec peut-être le secret désir de retrouver ces personnes. Une fois dehors, j’en vis quelques-unes qui se dispersaient dans les rues avoisinantes. J’allai vers elles, tout en me tenant un peu à l’écart. Je les observai. « Cela ne se voyait pas qu’elles souffraient d’un cancer ! D’ailleurs, pour moi, cela ne se voyait pas non plus...».
Après un nouveau coup d’œil sur ma montre, je me rendis compte qu’il me fallait hâter le pas pour rejoindre mon travail. Ce jour-là, je franchis la porte de mon établissement avec plus de joie qu’à l’accoutumée, car je venais de faire une rencontre. Je ne savais ni quand, ni comment, mais j’avais la certitude que je reverrais ces personnes.
Le soir, dans le train de banlieue qui me ramenait chez moi, je lus le feuillet. Outre des chants et les textes de la messe, on y annonçait un pèlerinage à Lourdes en septembre. Commencé depuis quatre mois, mon traitement devait se poursuivre par des phases lourdes, prévues mais pas encore programmées. Je devais donc me maintenir dans une certaine disponibilité, et puis je ne savais rien de ce qu’était « Lourdes Cancer Espérance ». Pour toutes ces raisons, je ne pus me rendre à Lourdes en 2007.
Au début de l’année 2008, la thérapie reprit de plus belle. Elle m’accapara pendant deux mois. Mais j’étais tout habité cette fois, par l’intention bien assurée d’être à Lourdes en septembre avec LCE. Ne serait-ce qu’une fois ! Dans un parcours de soins, il arrive qu’on tende le dos sans trop savoir de quoi demain sera fait ; bien qu’il soit toujours très salutaire de se maintenir dans l’espérance et que cela, aussi, fait partie de la thérapie. Les foudres passées, le projet de pèlerinage avec LCE revint donc, tout naturellement, à l’ordre du jour. La suite fut presque administrative - recherche de coordonnées, rendez-vous, inscription, etc.-, hormis une belle rencontre avec la personne responsable de ma délégation qui me conforta dans l’idée que je ne m’étais pas trompé de mouvement.
A la gare où nous avions rendez-vous avec nos amis d’Ile-de-France pour prendre le train qui devait nous conduire jusqu’à la cité mariale, je vis se rassembler, au lieu de se disperser, les foulards blanc et vert, mais cette fois, j’étais avec eux ! C’était l’aboutissement d’un parcours, car depuis ma rencontre à la chapelle de la Médaille Miraculeuse, beaucoup de choses étaient survenues.
Après l’effervescence de l’arrivée et de l’installation à Lourdes, je me rendis aussitôt dans l’espace des sanctuaires, tout proche. Je pris conscience que je n’étais pas venu assez souvent en ces lieux, par manque de reconnaissance sans doute. Mais à quoi bon ! On ne revient pas sur le passé.
Le soir même, avait lieu la célébration d’entrée en pèlerinage dans une basilique Sainte Bernadette bondée. C’était aussi le temps des retrouvailles, toujours un peu fragiles mais si réconfortantes ; et la joie d’être là semblait occuper tout l’espace. Oui j’étais bien au pèlerinage dont on m’avait parlé : le Pèlerinage du sourire!
Je ne parlerai pas de la suite puisqu’il est convenu que le pèlerinage LCE ne se raconte pas, mais se vit. Je dirai seulement que nous avons chanté, prié, célébré et pleuré aussi ; mais on trouve toujours quelqu’un pour donner le petit coup de pouce dont on pourrait avoir besoin. A ce sujet, quelques jours plus tard, comme promis, je rappelai une hospitalière rencontrée « par hasard » au cours du pèlerinage, une Lourdaise, qui me dit entre autres paroles : « Après votre départ, et avant de rentrer chez nous, nous nous sommes retrouvées à la Grotte et nous avons pleuré ».
Merci à tous ces visages, à tous ces regards, à tous ces sourires souvent inconnus mais si proches. Je quittai Lourdes à regrets, mais comblé d’avoir tant reçu et empli de l’espérance d’être au rendez-vous en 2009 aux côtés, cette fois, de mon épouse et de mes amis de LCE.
Claude (LCE 77)
« J’ai ressenti le soutien de la prière des autres»
Depuis environ quatre ou cinq ans, je souffre des articulations maxillaires ; « arthrose », disent stomatos et autres dentistes…
La douleur m’amène à abandonner ma pipe, une compagne de 47 ans ! Progressivement, la douleur s’amplifie à telle enseigne que je ne peux pratiquement plus ouvrir la bouche, ne mange que des aliments mixés et à la petite cuillère ; je perds du poids à vue d’œil.
Je me décide à consulter un ORL, qui soupçonne une anomalie. Il pratique une biopsie de la gorge et de la bouche. Je lui demande la vérité : « Si c’est un cancer, je veux le savoir et me préparer à partir. » Devant ma détermination, il m’annonce la couleur avec quelques ménagements cependant : « Vous avez un cancer. On considère qu’il y a quatre stades dans ce type de maladie ; le premier et le deuxième que l’on soigne, le quatrième que l’on ne guérit pas. Vous en êtes au troisième. » Il ne me précise pas si ça se soigne ou pas… Me voilà bien informé !
Alors commence la valse des spécialistes, des analyses, radios, scanners et autres joyeusetés que connaissent bien les malades. Le surlendemain des obsèques de ma mère, commencent les soins : quatre opérations en deux semaines avec pose d’une stomie gastrique, enlèvement de toutes mes dents, « site » pour les chimios… Grâce à une gastrotomie, me voilà gavé comme les oies de ma Gascogne avec tout de même une perte de poids de 17 kg.
Puis ce sont les traitements : rayons quotidiens (trois mois) simultanément avec des chimios (neuf mois). Je ne peux avaler, et pire pour moi qui suis bavard, je ne peux répondre que par des sons gutturaux ou hochements de tête.
En novembre, je pense que mon passage sur terre se termine. J’ai la grande chance d’être assisté et soigné jour et nuit par mon épouse dont l’abnégation, le dévouement et la tendresse n’ont eu d’égal que ses inquiétudes et ses angoisses. Je suis aussi très entouré par nos sept enfants, nos petits-enfants, soutenu par de nombreux proches et amis ; je suis « cerné » par des chaînes de prières. Je reçois avec une grande sérénité le sacrement de l’onction des malades administré par le curé de ma paroisse. « Tu ne seras jamais éprouvé au-dessus de tes forces, ma grâce te suffit ». Oh oui ! Que de grâces reçues ; j’oserais dire que j’ai ressenti presque physiquement le soutien de la prière des autres, la puissance de la « communion des saints ».
C’est l’époque où le médecin me laisse comprendre que je ne serai plus là à Noël. Au plus fort de ma maladie, complètement épuisé, je suis serein et très détaché ; en vieux scout, je suis « prêt » et heureux malgré mes misères physiques.
Lentement, très lentement, je remonte la pente… En janvier, le médecin me dit de profiter de ce léger mieux, une sorte de « carpe diem » et m’en donne jusqu’au mois de mars… Notre fils s’est marié en juillet dans le midi de la France, j’étais au mariage, j’ai fait valser la mariée…
Depuis 1958, année du centenaire de Lourdes, j’ai commencé à servir les malades comme « hospitalier ». Depuis 25 ans, je suis aux piscines, à celles des enfants puis à celles des hommes où je fais la connaissance de Jean-Pierre Duvault, plein d’humilité, de disponibilité, d’humour. Nous lions vite une grande amitié. Il m’apprend qu’il est responsable des hospitaliers de LCE, il me parle souvent de cette association, m’invite à partager avec lui un pèlerinage. Je lui réponds que je ne suis pas directement concerné, n’ai pas le temps ni les moyens d’aller deux fois par an à Lourdes, que je ne peux être partout…
Au printemps dernier, j’ai recommencé à parler, mal certes, mais je lui ai téléphoné en lui demandant de partager « son » fameux pèlerinage. C’est ainsi que je lui ai annoncé mon cancer. Nous nous sommes retrouvés avec joie le 23 septembre et avons partagé ensemble tous les temps forts du pèlerinage. Il a été mon parrain lors du sacrement de « l’onction des malades ». Nous avons vécu un moment d’une intensité indicible. Que dire ? On reste muet sous ce flot d’amour divin qui vous inonde si soudainement ; un moment que l’on voudrait arrêter, un temps d’éternité, un flot de reconnaissance et d’amour. Deo gratias ! Magnificat !
Hormis un pèlerinage militaire effectué durant mon service, c’était la première fois que je participais à un pèlerinage organisé à Lourdes comme pèlerin, a fortiori comme malade. Cette découverte a été superbe. Quelle belle ambiance, quelle belle fraternité entre malades, entre malades et accompagnants ! On se parle, on se regarde, on se sourit, on s’entraide. C’est beau, c’est bon. « Ubi caritas… » « Où sont la charité et l’amour, Dieu est là… » « Si deux ou trois sont rassemblés en mon nom, je suis au milieu d’eux. » Ce qui est certain, c’est que le Seigneur et Notre-Dame sont là avec les pèlerins de LCE.
Je ne saurais jamais trop remercier Jean-Pierre tout d’abord, qui m’a révélé l’existence de LCE, et tous ceux qui m’ont aidé et accompagné durant ce pèlerinage, « le pèlerinage du sourire ».
Je ne devais pas voir Noël 2007. Maintenant, je prie Notre-Dame de me donner la grâce de revenir en 2009, à Lourdes, tout près de mon pays paternel, avec LCE.
Voilà, j’ai été très long. Je n’ai pas pu tout dire et j’ai bien mal exprimé ce que j’ai vécu physiquement et spirituellement. Mais comment exprimer l’amour de Dieu et celui de la Vierge Marie, notre maman du Ciel !
PS : Un mois après ce pèlerinage, mon radiologue m’a annoncé : « Vous n’avez plus rien. Vous pouvez remercier Là-haut. » Cette guérison relève du miracle : le Seigneur est le meilleur médecin et sa Sainte-Mère la meilleure des infirmières et aides-soignantes. Je ne dirai jamais assez : « Mon âme exalte le Seigneur… Le Puissant fit pour moi des merveilles, Saint est son nom… » Deo gratias.
Bruno S.L.B. (LCE 44)
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