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Au moment où notre pèlerinage va bientôt se terminer, nous entendons les pèlerins d’Emmaüs nous partager leur expérience du pèlerinage qu’ils ont fait aux côtés du Ressuscité. Oui ce n’était qu’un pélé et pourtant nous avons beaucoup changé…Il se passe toujours quelque chose à Lourdes.
C’est une terre de miracles mais le plus grand des miracles ce n’est pas uniquement que des personnes handicapées se mettent à marcher, le plus grand des miracles ce sont des coeurs qui se transforment et seule la grâce de Dieu est capable de produire de tels bienfaits. Cela, j’en suis le premier témoin. Ici j’ai vu tant de vies se transformer. Nous-mêmes, nous nous sommes mis en route. Cela, est unique dans une vie. Tout nous invite à nous installer ou à renoncer et voilà que nous nous sommes mis à marcher.
Devant nous, il y a comme une petite étoile qui nous guide, mais elle est tellement discrète et invisible que nous la découvrons à peine.
Elle s’appelle la petite Bernadette. Nous jetons un dernier regard vers elle.
Bernadette, c’est simple comme une fleur au bord d’un chemin rocailleux dans la montagne. En regardant cette fleur, on se sent heureux car elle a vaincu le froid et elle a poussé sur un terrain difficile. Je suis profondément heureux d’avoir découvert un jour cette fleur de montagne. Sur le chemin rocailleux de la vie, Bernadette est devenue une amie. Nous sommes parfois comme un oiseau qui chante mais dans un buisson d’épines. A tous ceux qui empruntent le même chemin, je les invite à la choisir pour guide. C’est elle qui un jour a dit : « J’ai reçu tant de grâces ». Et pourtant sa vie fut faite de mille tourments. Puisse t-elle nous préserver d’une seule chose : le désespoir. Voilà ce qui fait de nous des pécheurs. Bernadette a voulu donner sa vie et prier pour les pécheurs. Elle s’est voulue solidaire de tous ceux qui désespèrent. Nous voyons ce que Dieu a fait à travers elle.
Ici à Lourdes, elle nous rappelle l’Evangile et nous redit que ce sont rarement les beaux, les bien-portants, les intelligents et les puissants qui sont les privilégiés de l’Evangile. C’est peut être la raison pour laquelle les hommes de toute condition se retrouvent ici à Lourdes, les bien portants et les malades, les militants et les mal croyants, les jeunes et les personnes âgées, les pauvres et les fortunés. Bernadette nous invite à faire un examen de confiance alors que souvent nous sommes appelés à faire un examen de mauvaise conscience. Celui qui a beaucoup reçu est invité à ouvrir son cœur et ses mains. Celui qui est bloqué ou culpabilisé est invité à retrouver le chemin du pardon et de la réconciliation. Rappelez-vous ce que dit Bernadette : « En lavant ton visage à la fontaine, n’oublie pas de prier Dieu de laver ton cœur ». Celui enfin qui est démuni, qui est exclu en découvre d’autres comme lui et s’aperçoit qu’il est capable de donner, de partager, d’échanger. En contemplant Bernadette, il se reconnaît en elle. Oui ici personne n’est trop loin pour Dieu, quelque soit sa situation. Rappelez vous que les saints, on les fait avec des pécheurs ! Grâce à toi Bernadette, ici personne n’est de trop.
« La multitude des croyants n’avait qu’un cœur et qu’une âme »
S’il y a un lieu où nous apprenons à redécouvrir la fraternité, c’est bien Lourdes. Marie n’est pas étrangère à ce désir de communion qu’il y a en nous. A la fin du concile, le Pape Paul VI l’a proclamée « Mère de l’Eglise ». Une mère a le souci de rassembler tous ses enfants. Marie a demandé à Bernadette de venir ici en procession tous ensemble. Elle n’a pas dit de venir chacun à tour de rôle ou de prendre rendez-vous avec elle. Spontanément on aime se rassembler autour d’elle. Dans la vie, il faut paraître fort devant les autres. Devant sa mère on a le droit d’être faible, de pleurer, de lui confier ses souffrances ou ses angoisses. Marie est comblée dans son coeur de mère, quand elle voit que les plus faibles comme les plus forts trouvent chacun leur place et peuvent s’entraider. A Lourdes, l’Eglise est là présente comme ce peuple de Dieu de toutes les nations. Jésus est mort pour cette communion dans la différence. Rappelons-nous que l’Eglise est née au pied de la croix. La communion véritable passe toujours par le pardon et la réconciliation.
Vous connaissez peut être la légende de l’arc en ciel ?
«Un jour, toutes les couleurs se mirent à se disputer dans le ciel. Chacune prétendait qu’elle était la plus belle. « Moi, dit le rouge, je suis la couleur du feu. Je suis celle qui se voit le mieux». « Moi, dit le bleu, je suis la couleur du ciel quand te temps est clair». « Moi dit l’orange, regardez moi en automne, quand les feuilles prennent des teintes irréelles». « Moi dit le vert, je suis la couleur du printemps» ...Le jaune et le violet si délicats n’arrivaient pas à parler. Le bruit de leur querelle s’enfla de plus en plus. Soudain un éclair d’une lumière aveuglante illumina le ciel, accompagné d’un roulement de tonnerre. La pluie commença à tomber à torrents sans discontinuer. Effrayées, toutes le couleurs se rapprochèrent pour chercher un abri les unes près des autres. La pluie prit la parole « Stupides créatures qui vous battez entre vous, ne savez-vous pas que Dieu vous a faites chacune, uniques et différentes pour vous compléter. Il va vous étendre dans un magnifique arc-en ciel pour vous montrer qu’il vous aime toutes et que vous pouvez vivre ensemble en paix. »
L’arc en ciel est devenu le symbole du projet de Dieu sur le monde. Il voudrait faire de l’humanité un arc en ciel. Mais les hommes confondent toujours différence et division. Ils ne supportent pas les dissemblances, Dieu, au contraire, aime la différence parce qu’elle est en Lui. Le Dieu des chrétiens qu’ils appellent Trinité est une communion d’amour dans la différence il est le Père, il est le Fils, il est l’Esprit- Saint. Et si l’Eglise veut devenir la fontaine du village où viennent se désaltérer tous ceux qui meurent de soif, cela suppose qu’elle devienne une communauté, une fraternité, tout simplement une communion dans la différence.
Avant de nous quitter, je voudrais que vous ne reteniez qu’une seule chose de Bernadette, cette phrase que vous connaissez tous : « Aimer, il suffit d’aimer ». Aimer c’est commencer par dire oui à Dieu et cela va parfois jusqu’au don de notre vie. Regardez ce que Dieu a fait de Bernadette. Contemplez une dernière fois le Gave qui coule au pied de la grotte et pensez à Bernadette. Rappelez vous :
« Ce n’était qu’une goutte d’eau.
Un matin elle fut ruisseau.
Grâce à Dieu, elle devint un Gave
Et pourtant ce n’était qu’une goutte d’eau.
De l’océan, un jour, elle en connut les flots.
Voilà ce que Dieu est capable de faire d’une goutte d’eau. »
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