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Au cours de notre pèlerinage nous avons évoqué les sabots de Bernadette et cet après midi j’aimerai lui dire : Bernadette, prête nous tes sabots du service. Oh ils étaient bien usés quand tu es venue à Massabielle et bien crottés. Ils me font penser à ce que chantait Félix Leclerc dans « Mes souliers ont beaucoup voyagé »: Il écrivait : « Au Paradis, parait-il mes amis, c’est pas la place pour les souliers vernis ». Je pense qu’au Paradis il n’y a pas de beaux sabots vernis qui soient restés dans les armoires. Il n’y a que des sabots usés et crottés qui ont servi Dieu et leurs frères.
En tout cas les sabots de Bernadette l’ont conduit vers la sainteté. Sa devise est simple : « Aimer, il suffit d’aimer ». Elle nous fait penser à la petite Thérèse qui disait : « Aimer, c’est tout donner et se donner soi-même. »
Le chemin du service
Bernadette a pris le chemin du service, que ce soit à Bartrès ou à l’Hospice de Lourdes ou à l’infirmerie de Nevers auprès des malades. Sa vie s’est résumée à servir. Elle a servi avec amour et elle a fait du service un chemin de fraternité et de sainteté où les gens les plus humbles la reconnaissent comme une sœur dans la foi. Je pense à cette citation de ce grand sage hindou qui lisait l’Evangile et qui est mort en 1954 : Tagore. Il écrivait : « Je rêvais que la vie était joie. Je découvris que la vie est service. Je me suis mis à servir et je compris que le service est joie ». Ceci correspond exactement à ce qu’a vécu Bernadette. Mais elle a fait partie des Sœurs de la Charité et elle a compris qu’il faut servir en aimant. Un malade aidé demeure un malade. Un malade aimé devient un frère. Quand nous entendons dans l’Evangile : « Tu aimeras ton prochain comme toi-même », il s’agit bien de le servir en aimant. Et c’est en voulant rendre service, en allant chercher du bois pour la famille que Bernadette a rencontré la Sainte Vierge. Il y a là tout un symbole. Il y a Marie de la Foi à l’Annonciation mais il y a aussi Marie du service à la Visitation chez sa cousine Elisabeth. Finalement aimer c’est donner sa vie…c’est laver les pieds de l’humanité comme l’a fait Jésus, Lui qui a pris la dernière place. Le pape Jean Paul II comme le Pape Benoît XVI nous ont invité à construire la civilisation de l’Amour. Celle-ci passe par le service et par un amour qui se fait service des frères.
« C’est un exemple que je vous ai donné » dit Jésus.
Au moment où des frères et sœurs malades vont recevoir l’onction des malades, j’aimerai rappeler ce qu’a vécu ici à Lourdes le pape Jean Paul II au cours de son dernier pèlerinage. Ne pouvant s’adresser aux malades, tellement il était défaillant, c’est le cardinal Etchegaray qui a lu son texte. J’entends encore résonner ses paroles : « Je partage avec vous, malades un temps de vie marqué par la souffrance physique, mais non pour autant moins fécond dans le dessein admirable de Dieu. Chers frères et sœurs malades, disait- il, je voudrais vous serrer dans mes bras, l’un après l’autre, de manière affectueuse et vous dire combien je suis proche et solidaire de vous. Je le fais spirituellement ». Eh bien frères et sœurs malades, à travers les hospitaliers, les soignants, ce sont aussi les bras de Dieu qui vous entourent dans ce sacrement que vous allez recevoir. Pensez toujours que personne n’est jamais tombé des mains et des bras de Dieu. Vous allez tendre vos mains à Dieu pour qu’Il vous soutienne à travers vos épreuves.
Et vous frères et sœurs hospitaliers, en contemplant la Vierge Marie, vous savez que le oui de la foi est inséparable du oui du service. C’est dans la maison d’Elisabeth qu’elle prononce le cantique du Magnificat. Cette maison est le symbole par excellence de l’hospitalité. Pensez à vos deux mains : l’une pour la prière, l’autre pour le service. Mais surtout ouvrez les à la manière de Marie et offrez les. Il n’y a pas d’opposition en elle, entre la prière et le service. Quand elle vient ici à Lourdes pour rencontrer Bernadette, elle ouvre ses deux mains pour l’accueillir puis elle fera plus tard le signe de la croix avec sa main droite. Offrir et s’offrir, voilà ce qu’a découvert Bernadette et tout cela par amour. C’est par amour qu’elle s’engagera dans la vie religieuse, par amour de Jésus. C’est par amour qu’elle offrira sa vie pour les pauvres et les malades. « Aimer sans mesure…se dévouer sans compter » dira t-elle. Merci frères et sœurs hospitaliers pour l’offrande de votre vie. Lourdes ne serait pas ce qu’il est sans cette offrande de vous-mêmes et cela dure depuis presque 150 ans.
Le message de Bernadette
Et nous qui sommes venus en pèlerinage, que veux tu nous dire Bernadette ? Peut -être répondrait elle : « Vous connaissez l’hymne à la charité que vous entendez parfois lors des célébrations de mariage. (1°Cor.l3). “L’amour prend patience. L’amour rend service. Il ne cherche pas son intérêt, il ne se réjouit pas de l’injustice mais il trouve sa joie dans la vérité”. Jésus vous rappelle qu’à son exemple, vous êtes les rois du don et de la vérité.
Vous ne serez peut être pas les plus forts et les plus admirés dans cette société mais heureux êtes vous car Jésus vous donnera sa royauté, son pouvoir, celui de mettre et de donner de l’amour. Rappelez-vous ce que disait St Jean de la Croix : “Là où il n’y a pas d’amour, n’attends pas. Sème l’amour, tu récolteras l’amour”. Alors Bernadette nous prenons tes sabots. Tu peux nous les confier, ils vont bien à nos pieds et nous méditons ton message : « Aimer. Il suffit d’aimer ».
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