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Quand elle s’est mise en route pour aller à la grotte de Massabielle, Bernadette n’avait pas mis ses belles chaussures du dimanche. D’ailleurs elle n’en avait pas. Elle avait des sabots aux pieds comme les paysannes pauvres de l’époque. Alors pour faire à notre tour ce chemin de Massabielle, ce pèlerinage, nous voudrions emprunter tes sabots, Bernadette.
L’arbre aux sabots
Vous avez peut être vu ce film qui est un chef d’œuvre et qui a reçu la palme d’or à Cannes en 1978. C’est l’histoire de quatre familles de paysans pauvres de la région de Bergame en Italie où a vécu le bon Pape Jean XXIII. L’histoire se situe, à la fin du XIX° siècle et raconte la vie de la famille Battisti. Le fils Ninec qui a 7 ans a été remarqué par le curé de la paroisse pour son intelligence. Il voudrait lui faire continuer l’école au village voisin. Pour lui tailler des sabots neufs, son père abat un arbre du propriétaire dont il est le métayer. Le propriétaire s’en aperçoit et chasse la famille de la ferme qui se retrouve dans la plus grande des misères.
Alors cet arbre dont on a fabriqué les sabots du jeune Ninec, me fait penser aux arbres de nos contrées et de nos forêts. Ils sont le symbole de notre vie. Il y a bien sûr la saison des jeunes pousses et les fleurs de printemps. On pourrait choisir un jeune arbre. Il y a les arbres mûrs qui ont enduré la chaleur du jour comme les ouvriers de l’Evangile. C’est l’âge de l’épanouissement, des responsabilités, des liens tissés jour après jour, des lents mûrissements sous le soleil de Dieu. On pourrait y tailler des sabots de choix mais l’arbre peut encore mûrir. Puis vient la saison de l’automne et de l’hiver. L’arbre est dépouillé et comme mis à nu. Il pressent déjà qu’il deviendra un jour le brasier d’un feu qui réchauffe le cœur d’une famille. Mais sait-il cet arbre qu’il peut devenir aussi l’arbre à sabots ?
Alors en votre nom j’aimerai offrir à Bernadette une paire de sabots neufs. En contre partie nous lui demanderons qu’elle nous prête ses sabots pour faire ce pèlerinage. Que ses sabots nous conduisent à la Vierge de Massabielle et nous emmènent sur le chemin de la confiance.
Une petite goutte d’eau
En passant devant le Gave, avec les sabots de Bernadette, rappelez-vous la petite goutte d’eau, celle que fut la vie de Bernadette. Le Gave est formé de milliers de gouttes d’eau. Et, regardez ce qu’il devient. Il en est ainsi de votre vie. Ce n’est qu’une petite goutte d’eau. Surtout, ne dites pas : ma vie ne sert à rien…Pensez à la goutte d’eau… Elle aurait pu rester enfouie là-bas à Gavarnie. Mais, jointe à d’autres, elle est devenue un Gave. Quand la vie devient trop dure, pensez à Marie et Bernadette. Cette dernière s’était entendu dire à Bartrès : « Tu n’est bonne à rien ». Elle répétera cette phrase à l’Evêque de Nevers lorsque celui-ci l’interrogera sur sa vocation : « Je ne suis bonne à rien » dira-t-elle. « Vous méconnaissez vos talents … vous savez gratter les carottes » avait répondu l’évêque. « Tout juste bonne à gratter les carottes » voilà ce que disent les sages et les savants. Et regardez ce que la Vierge Marie a fait d’une fille toute juste bonne à gratter les carottes. Surtout, frères et sœurs, n’allez pas désespérer de votre vie. Laissez-vous plutôt regarder par la Vierge Marie. Priez-la. Vous verrez. Elle est une mère pour nous. Et à une mère on peut tout lui confier.
Les sabots de la prière.
A Nevers, lorsqu’elle fera ses vœux, l’évêque lui confiera l’emploi de la prière. Pour elle la plus belle prière c’est celle où il y a le plus d’amour. En contemplant Marie, elle a tout compris du secret de la prière. Elle écrit en 1873 alors qu’elle se trouve à Nevers : « Marie a tout sacrifié, et Dieu seul lui tient lieu de tout. A son exemple désormais, le Seigneur seul sera mon partage. Pourquoi suis-je venue ici, sinon pour aimer Notre Seigneur de tout mon cœur. Pour lui prouver mon amour, je dois, à son exemple, souffrir et lui sacrifier tout avec générosité. Courage, mon âme, la prière tout obtient, le cœur de Jésus est là, frappons ». Même si Bernadette dit qu’elle est venue à Nevers pour se cacher, elle n’entre pas dans la vie religieuse pour fuir le monde. Elle vient pour les pécheurs. Rappelez- vous : c’est bien cet appel qu’elle a reçu ici le 25 Février lors de la 9° apparition lorsqu’elle boit l’eau sale au creux de ses mains et se barbouille le visage. C’est bien au nom des pécheurs. On va la traiter de folle. Mais Bernadette a compris combien le péché peut défigurer l’être humain créé à l’image de Dieu.
Elle a surtout vu son père François moudre le grain et prendre la farine avec tendresse au creux de ses mains. La Vierge Marie lui avait dit dans l’apparition du 18 Février 1858 : « Je ne vous promets pas de vous rendre heureuse dans ce monde mais dans l’autre ». Quelques heures avant de mourir, Bernadette dira à Sœur Léontine : « Je suis moulue comme un grain de blé » Ce grain de blé aurait pu rester bien au chaud dans son grenier avec les copains du tas de blé. Il se serait desséché peu à peu et serait devenu poussière. Mais non, il s’est offert pour devenir farine et pain de l’humanité. Mais mieux encore, il est devenu pain de vie, corps du Christ.
Bernadette avait une telle vénération pour l’Eucharistie qu’elle avait compris qu’il faudra toujours passer de l’Eucharistie à une vie Eucharistique, comme il nous faudra passer de l’exposition du Saint Sacrement à une vie exposée. Seuls ceux qui offrent ainsi leur vie fécondent l’histoire de l’humanité à la suite de Jésus. Le Seigneur ne connaît qu’une seule table : celle de la multiplication. Mais il ne peut pas multiplier ce qu’on ne lui offre pas. Bernadette s’est offerte comme le grain de blé. Elle est devenue nourriture pour le monde. Alors permets nous, Bernadette d’emprunter tes sabots de l’offrande et de faire de notre vie un chemin de prière et d’offrande de nous-mêmes.
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