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Entretien paru dans la revue Lourdes Cancer Espérance
(janvier-février-mars 2009)
Vous avez émis le souhait que Lourdes devienne « une école de la prière ». Pouvez-vous nous en parler ?
Durant l’année jubilaire, des religieux de la congrégation dominicaine ont guidé les pèlerins dans la prière du chapelet. Cette amorce s’est avérée prometteuse ; les séances n’étaient pas régulières mais chacune d’elles a attiré du monde. Il s’agit d’aider à mieux prier, en se référant au chapelet traditionnel de Lourdes, et en s’appuyant sur la Récitation du Rosaire, que le Pape Jean-Paul II a rédigée en 2002 avec nombre de conseils spirituels et pratiques.
Quelle est l’importance de la prière ? Comment peut-elle nous transformer ?
La prière agit en profondeur. Elle réalimente la source. Si l’on ne prend pas le temps de se recueillir, alors on risque de s’assécher, de durcir, d’agir de façon mécanique. On peut prendre l’image du créateur musical qui, pour nourrir son œuvre, doit continuer à découvrir d’autres compositeurs. De la même manière, un écrivain est amené à lire, sinon il suit sa propre inspiration et finit par tourner en rond. Nous avons besoin de nous réalimenter. La prière n’a pas un effet à court terme, mais elle intervient en sous-sol, de façon fondamentale.
Comment se traduisait la force de Bernadette ?
Bernadette était très attachée à l’Eucharistie et au chapelet. C’était une femme forte, à l’image de sa mère au tempérament « montagnard ». Bien que d’une santé fragile, elle avait beaucoup d’énergie et de vigueur. Elle a repris le dessus après avoir frôlé la mort plusieurs fois. Elle a reçu l’Extrême Onction à quatre reprises. Sa force de caractère se révèle aussi chez les sœurs de la Charité de Nevers, où la maîtresse des novices était très autoritaire. Pour Bernadette, qui était plutôt indépendante, le quotidien n’a pas été toujours facile. Elle s’est toutefois pliée à la règle. Il lui a fallu beaucoup de force pour progresser en humilité, pour se vaincre elle-même.
Bernadette disait : « Le premier mouvement ne nous appartient pas, mais le second nous appartient.» Ces mots révèlent quel était son chemin intérieur….
Bernadette était à la fois spontanée et très maîtresse d’elle-même. Ses lettres nous permettent de le comprendre. Quand elle s’adresse à sa famille, elle le fait de façon directe, mais elle ne veut faire de mal à personne. Lors des comparutions, elle répond du tac au tac. A Nevers, elle avait de la répartie. Dans l’action, elle ne s’appuyait jamais sur sa seule nature mais sur la grâce reçue de Dieu.
Quelle a été la ligne de conduite de Bernadette ?
Il existe une profonde continuité dans la personnalité et la vie de Bernadette. Avant les Apparitions, elle aimait la prière et désirait l’Eucharistie, sans faire preuve toutefois d’un mysticisme démesuré. Son goût du service s’est manifesté au sein de sa famille, puis envers les malades et les vieillards. Elle voulait être « comme tout le monde » ; c’est d’ailleurs l’un des signes qui ont permis d’authentifier les Apparitions. Ensuite elle est restée elle-même, a repris les tâches domestiques. Elle avait conscience d’avoir bénéficié d’une grâce particulière, mais elle a transmis un message qui a servi aux autres. Elle a toujours continué son chemin de vie chrétienne.
Julie Garros rapporte les propos de Bernadette : « Elle me disait qu’avant chaque action, il faut purifier son intention. Je lui disais que c’était difficile. Elle me répondit : ‘Il faut le faire parce qu’on les fait mieux et qu’elles coûtent moins à faire’. » Bernadette avait une exigence de tous les instants…
Bernadette faisait attention à chaque acte qu’elle posait. Le quotidien de sa vie religieuse était très ordinaire. Le progrès ne pouvait pas se manifester dans des actions ou des initiatives extraordinaires. Il ne pouvait se réaliser que de façon intérieure, en purifiant l’action habituelle ou répétitive. Un homme comme Saint-Vincent de Paul était toujours en mouvement. Pour évangéliser les hommes, Saint Paul se projetait dans l’avenir. Dans notre société, un missionnaire est amené à risquer sa vie sur le terrain. Pour sa part, Bernadette a eu une vie de malade très répétitive. Le progrès ne pouvait être qu’intérieur. Le thème du progrès est fondamental pour l’être humain. Nous sommes faits pour avancer.
Dans son « emploi de malade », Bernadette a souffert d’un sentiment d’inutilité. « Ah, que le bon Dieu a bien fait de ne pas me laisser le choix de mon genre de vie ! Car, assurément, je n’aurais pas élu moi-même cette inaction où je suis réduite et où la Providence me veut !... Il me semble que j’étais née pour agir, et le Seigneur me veut immobile. Mon bonheur serait de chanter des cantiques, les psaumes, les louanges de Jésus et de Marie. Dieu m’a donné de la voix, mais il veut que je sois muette. Quand je chante, je crache le sang, et j’ai défense de chanter. J’aurais tant aimé à soigner les malades dans les hospices, à élever les enfants, à faire la salle d’asile ! C’est là mon attrait ! C’est là mon désir ; c’est là mon élan !... Hélas ! Je suis inutile à tout, je n’acquiers aucun mérite. »
Bernadette a dû vivre deux grands renoncements. Elle s’était engagée chez les sœurs de la Charité de Nevers avec l’espoir de soigner les malades pauvres. Cependant elle a été gardée à la Maison-Mère, ce qui l’a empêchée de réaliser ce vœu. Rattachée à l’infirmerie, elle a alors soigné les sœurs malades. Puis son état de santé s’est dégradé, et elle a été conduite à avoir besoin des autres à son tour. Réduite à l’inactivité, elle ne pouvait même plus se rendre à la messe. Cette situation a été sans doute très difficile à vivre pour cette femme volontaire et active.
Quels sont les temps forts de l’année Bernadette, qui a commencé le 8 décembre 2008 ?
Dans les années à venir, je souhaiterais que l’on comble le fossé qui existe entre la saison et la hors-saison. Un certain nombre d’événements donnent déjà l’occasion de se rassembler : Noël, le 31 décembre, la semaine de prière pour l’unité, la quinzaine Bernadette, les dates anniversaires du Jubilé, la récollection du week-end du Carême… Il s’agit pour les Sanctuaires d’intensifier les moments d’accueil, de retraites. J’aimerais qu’à terme, Lourdes tourne douze mois sur douze, même si des messes sont organisées tout au long de l’année et si les pèlerins ont accès à la chapelle de la réconciliation, aux piscines… De nouvelles habitudes pourraient être prises. Les pèlerins sont invités à venir, même dans des petits groupes d’une trentaine de personnes. Durant l’année Bernadette, quatre pistes sont proposées aux pèlerins : le discernement de la vocation ; l’Eucharistie ; le service des autres ; la vie en Eglise.
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