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BERNADETTE ET LA MALADIE
Bernadette Soubirous est née le 7 janvier 1844 au moulin de Boly, à Lourdes. Dans cette grande maison confortable où papa, maître meunier estimé, assumait une vie normale, Bernadette a connu dix ans d’une enfance heureuse et profondément équilibrante. Cela comptera dans sa vie. Mais voilà qu’en 1854 arrive la cascade des malheurs. Un jour, en repiquant les meules, papa Soubirous a un œil crevé par un éclat de pierre.
Puis la concurrence des minoteries modernes rend impossible le rendement des vieux moulins. Faute de pouvoir payer le loyer, il faut quitter ce qui aura été le « moulin du bonheur » et essayer de survivre dans des moulins de plus en plus pauvres. Et voilà qu’à l’automne 1855 le choléra tombe sur la région. A Lourdes on compte 38 morts en peu de semaines. Bernadette a été touchée. Elle a failli mourir et restera marquée et fragile toute sa vie.
Pour aider sa famille à survivre, au Cachot, où elle a dû s’en aller faute de pouvoir payer un loyer, Bernadette travaille comme servante de cabaret, puis comme bergère à Bartrès. Bien qu’elle ne puisse fréquenter ni l’école, ni le catéchisme, elle dira avec une lucidité étonnante cette parole « Quand on sait que Dieu le permet, on ne se plaint pas. » Après les Apparitions du 11 février au 7 mars, Bernadette dit « Maintenant, je suis comme tout le monde. » Cependant sa santé s’est encore altérée. Sa maman déclare aux journalistes : « Son estomac s’enfle par intervalles, au point qu’elle ne peut plus agrafer sa robe : sa toux est fréquente et pénible tout le temps que lui dure cette enflure, pendant trois semaines ou un mois… »
« Elle voulait jeuner le carême, on a dû lui défendre… »
Après bien des résistances, elle accepta d’être placée à l’Hôpital de Lourdes tenu par les Sœurs de Nevers. Elle a 16 ans, on pourra essayer de la soigner et de la préserver du harcèlement des pèlerins de Lourdes. Entre les crises d’asthme, elle s’occupera des petits enfants de l’école, où elle-même a fini par apprendre à lire et à écrire.
Elle a dit qu’elle voulait être religieuse. Alors surmontant les propositions de plusieurs congrégations, elle dit, le 4 avril 1864, qu’elle veut être sœur de Nevers. Pendant deux ans cependant les crises d’asthme vont la garder à Lourdes.
Le 3 avril 1866, elle va faire ses adieux à la Grotte. « C’était mon ciel », dit-elle. Le lendemain, elle prend le train pour arriver à Nevers deux jours plus tard.
Le lendemain, elle doit raconter les Apparitions, puis l’ordre est donné : « On ne doit plus parler de Lourdes. » Bernadette approuve pleinement : « Je suis le balai dont la Vierge s’est servie. Qu’est ce qu’on fait d’un balai quand il a servi ? On le met derrière la porte. C’est ma place. J’y suis bien, j’y reste. »
Le 15 août, elle doit s’aliter sous le coup de deux violentes crises d’asthme. Le 25 octobre c’est l’alerte dramatique. Elle paraît mourante. On appelle l’évêque de Nevers qui reçoit ses vœux de religieuse et lui administre l’extrême onction. Elle dira, une fois remise : « Le Bon Dieu n’a pas voulu de moi. » Et aussi « On ne pourra pas me renvoyer. »
En effet l’année suivante, elle renouvelle sa profession religieuse et on juge bon de la garder à Nevers où elle est utilisée comme auxiliaire à l’infirmerie « pour le nettoyage et les tisanes ». Et voilà que, sans grande instruction, elle note tout et devient infirmière responsable. Voici ce qu’en écrira le Docteur Saint Cyr, président de la société des médecins et docteur de la maison des sœurs. « Infirmière s’acquittant à la perfection de sa besogne. Petite, d’apparence chétive, elle a 27 ans. Nature calme et douce, elle soigne les malades avec beaucoup d’intelligence et sans rien omettre des prescriptions faites : aussi jouit-elle d’une grande autorité et, de ma part, d’une entière confiance. » Et voilà que la guerre de 70 amène la Supérieure à envoyer dans d’autres maisons la plupart des sœurs. Le couvent va devenir un hôpital militaire.
Bernadette est laissée sur place avec son équipe d’infirmières. On est loin de l’illettrée du cachot. A partir de 1874, Bernadette décline. C’est « l’emploi de malade » qui devient son travail. Elle garde le lit d’avril à juin, se relève l’été, rechute en octobre. La tuberculose a gagné ses poumons. Une carie du genou la fait souffrir atrocement.
En novembre 1878 on l’installe à l’infirmerie des religieuses professes qu’elle ne quittera plus. Elle s’alite définitivement dans sa « chapelle blanche » comme elle appelle son lit. Elle essaye certes de continuer à faire des broderies comme elle a toujours fait. Mais elle dit aussi : « Je prie Saint Bernard, mon patron, mais je ne l’imite guère. Il aimait la souffrance et moi je l’évite tant que je peux. » Elle gardera sur son lit de douleur un chemin de croix sur papier peint. « L’homme des douleurs », victime des pécheurs habite sa prière : « Ah si les pêcheurs savaient ! » murmure-t-elle.
Malgré ses souffrances, elle dit un jour : « Je suis plus heureuse sur mon lit de douleur, avec mon crucifix, qu’une reine sur son trône. » Il lui échappe aussi ce mot : « Que le bout est long à venir. »
L’abbé Febvre qui lui porte finalement la communion a laissé une terrible énumération d’infirmités, il a écrit : « Elle subit pendant deux ans la carie des os en sorte que son pauvre corps est le réceptacle de toutes les souffrances. »
Et on arrive à la Semaine Sainte du 6 au 13 avril 1879. Elle dit : « Quand je lis la Passion, je suis plus touchée que quand on l’explique. » Elle dit aussi, en fille de meunier. « Je suis moulue comme un grain de blé. » Le mercredi après Pâques, elle fait attacher sur son cœur le Crucifix. Elle ne regarde plus que lui avec ces mots : « Mon Jésus ! Oh comme je l’aime. »
Vers trois heures, elle jette un grand cri : « Mon Dieu ». Puis elle s’unit aux prières des sœurs et elle répète : « Sainte Marie, mère de Dieu, priez pour moi pauvre pècheresse. » D’un geste expressif, elle signifie : « J’ai soif ». Elle boit quelques gouttes puis, inclinant la tête, elle meurt doucement.
Bernadette est morte le 16 avril 1879, elle avait 35 ans. Depuis l’âge de onze ans, le choléra et la tuberculose ont travaillé sa santé, lui rendant de plus en plus difficiles les activités qu’elle aimait par ailleurs. Jamais on n’a noté chez elle des sentiments de découragement ou de révolte. Certes les Apparitions lui avaient apporté une expérience. Comme elle disait, de « l’autre monde ». Et la Vierge Marie est toujours rayonnante à la Grotte. C’est ce qui explique l’afflux courageux et confiant de tant de millions de malades à Lourdes.
Cette grâce de paix et de courage, c’est ce qui explique l’attrait du mouvement « Lourdes Cancer Espérance ». C’est ce qui explique que des médecins, des hospitaliers, des hospitalières s’engagent à accompagner des foules de malades sur ce chemin, où à la lumière de Bernadette méditant la Passion de Jésus, on trouve chaque jour lumière, confort et espérance.
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